Le crédit interentreprises désigne le financement que les entreprises s'accordent mutuellement via les délais de paiement. Lorsqu'un fournisseur livre des marchandises et accorde 30, 45 ou 60 jours à son client pour régler, il lui accorde un crédit sans intérêt. Ce mécanisme représente en France le premier mode de financement des entreprises, bien avant le crédit bancaire : l'encours du crédit interentreprises dépasse les 700 milliards d'euros selon la Banque de France.
La mécanique : deux faces d'une même pièce
Pour chaque transaction à crédit, deux entreprises ont des positions opposées :
| Fournisseur (prêteur) | Client (emprunteur) | |
|---|---|---|
| Au bilan | Créance client (actif circulant) | Dette fournisseur (passif courant) |
| Impact BFR | Augmente le BFR (besoin à financer) | Réduit le BFR (ressource d'exploitation) |
| Risque | Risque d'impayé si le client fait défaut | Risque de rupture de livraison si retards répétés |
| Coût | Coût d'opportunité : cash immobilisé sans rémunération | Financement gratuit, mais délais limités par la loi |
Les limites légales : la loi LME
La loi de modernisation de l'économie (LME) de 2008 encadre strictement les délais de paiement entre entreprises :
- Plafond général : 60 jours à compter de la date d'émission de la facture, ou 45 jours fin de mois
- Secteurs dérogatoires : certains secteurs (transport, alimentaire périssable...) bénéficient de délais spécifiques
- Sanctions : des pénalités de retard sont dues de plein droit à partir du lendemain de la date d'échéance, au taux de la BCE majoré de 10 points, au minimum 40 € d'indemnité forfaitaire
En pratique, les grandes entreprises ont tendance à imposer à leurs fournisseurs (souvent des PME) des délais longs, ce qui dégrade le BFR de ces dernières.
Les solutions pour gérer le crédit interentreprises
- Affacturage : cession des créances à un factor qui avance le cash moyennant une commission
- Escompte : mobilisation d'effets de commerce auprès de la banque avant leur échéance
- Assurance-crédit : couvrir le risque d'impayé client pour protéger le résultat
- Acompte à la commande : réduire le crédit accordé dès la conclusion du contrat
DSO et DPO : mesurer le crédit interentreprises
Deux ratios permettent de quantifier le crédit interentreprises et de le surveiller dans le temps :
| Indicateur | Formule | Ce qu'il mesure |
|---|---|---|
| DSO (Days Sales Outstanding) | Créances clients / CA HT × 365 | Délai moyen d'encaissement des factures clients (en jours) |
| DPO (Days Payable Outstanding) | Dettes fournisseurs / Achats HT × 365 | Délai moyen de paiement des fournisseurs (en jours) |
La différence DSO - DPO mesure le déséquilibre net de crédit interentreprises. Si le DSO est à 55 jours et le DPO à 30 jours, l'entreprise finance ses clients 25 jours de plus qu'elle n'est financée par ses fournisseurs.
Impact chiffré sur le BFR
Voici comment un allongement du DSO peut peser sur le BFR et la trésorerie :
| Scénario | DSO | Créances clients | BFR supplémentaire |
|---|---|---|---|
| CA de 3 600 000 €/an — situation initiale | 30 jours | 300 000 € | Référence |
| Un client (20 % du CA) passe à 60 jours | 36 jours | 360 000 € | +60 000 € à financer |
| DSO global passe à 45 jours (croissance rapide) | 45 jours | 450 000 € | +150 000 € à financer |
| DSO à 60 jours (secteur BTP type) | 60 jours | 600 000 € | +300 000 € à financer |
Pour une entreprise avec 3,6 M€ de CA, passer d'un DSO de 30 à 60 jours revient à immobiliser 300 000 € de trésorerie supplémentaires. Si cette entreprise n'a pas de réserves de liquidités, elle doit emprunter cette somme à la banque — typiquement sous forme de ligne de crédit court terme ou d'affacturage.
Crédit interentreprises et chaîne de défaillances
En cas de défaillance d'un grand donneur d'ordres, les répercussions se propagent sur l'ensemble de sa chaîne de fournisseurs, qui n'encaisseront pas les créances attendues. C'est pourquoi les PME très dépendantes d'un seul client présentent un risque de trésorerie particulièrement élevé.