Le barème kilométrique est le barème publié chaque année par l'administration fiscale pour évaluer forfaitairement le coût d'un déplacement effectué avec un véhicule personnel à des fins professionnelles, sans avoir à conserver la moindre facture de carburant, d'entretien ou d'assurance. Il sert trois usages précis : chiffrer les frais réels de déplacement d'un salarié qui renonce à la déduction forfaitaire de 10 %, plafonner les indemnités kilométriques qu'un employeur peut verser en franchise de cotisations sociales, et permettre à un indépendant relevant des BIC ou des BNC de valoriser ses trajets professionnels sans justificatif détaillé. Le barème est actualisé et publié sur impots.gouv.fr, en principe chaque année au printemps.
Le barème kilométrique en vigueur
Le barème applicable aux revenus 2025, déclarés au printemps 2026, n'a pas été revalorisé par rapport à l'année précédente : les taux restent identiques à ceux du barème 2025. Il se lit selon deux critères combinés : la puissance fiscale du véhicule, indiquée sur la carte grise (case P.6), et le nombre total de kilomètres parcourus à titre professionnel dans l'année. Pour la tranche intermédiaire, le montant ne se limite pas à un taux au kilomètre : il combine un taux variable et une somme fixe, ce qui rend le barème dégressif au-delà de 5 000 km.
| Puissance fiscale | Jusqu'à 5 000 km | De 5 001 à 20 000 km | Au-delà de 20 000 km |
|---|---|---|---|
| 3 CV et moins | d x 0,529 € | (d x 0,316 €) + 1 065 € | d x 0,370 € |
| 4 CV | d x 0,606 € | (d x 0,340 €) + 1 330 € | d x 0,407 € |
| 5 CV | d x 0,636 € | (d x 0,357 €) + 1 395 € | d x 0,427 € |
| 6 CV | d x 0,665 € | (d x 0,374 €) + 1 457 € | d x 0,447 € |
| 7 CV et plus | d x 0,697 € | (d x 0,394 €) + 1 515 € | d x 0,470 € |
Dans ces formules, « d » représente la distance totale parcourue dans l'année en kilomètres. Le simulateur officiel disponible sur impots.gouv.fr applique automatiquement la bonne formule une fois la puissance fiscale et le kilométrage annuel renseignés.
Comment calculer ses frais avec le barème
Prenons un salarié qui utilise un véhicule de 5 CV pour se rendre sur des chantiers et parcourt 12 000 km à titre professionnel dans l'année. Ce kilométrage se situe dans la tranche intermédiaire, la formule à appliquer est donc (d x 0,357 €) + 1 395 € :
(12 000 x 0,357) + 1 395 = 4 284 + 1 395 = 5 679 € de frais déductibles au titre de l'année.
Pour un kilométrage plus faible, par exemple 3 500 km avec un véhicule de 4 CV, le calcul est plus simple puisqu'on reste sous 5 000 km : 3 500 x 0,606 = 2 121 €. Ce montant vient en déduction du revenu imposable à la place de la déduction forfaitaire de 10 %, à condition que le salarié ait coché l'option pour les frais réels sur sa déclaration.
Le plafonnement à 7 CV
Depuis 2020, la puissance fiscale prise en compte dans le barème est plafonnée à 7 CV, quel que soit le véhicule réellement utilisé. Un salarié roulant avec une berline de 9 CV ou 10 CV doit donc appliquer la ligne « 7 CV et plus » du tableau, pas une ligne supérieure qui n'existe d'ailleurs pas. Cette règle limite l'avantage fiscal procuré par les véhicules très puissants et incite, en creux, à ne pas surdimensionner son véhicule professionnel pour optimiser sa fiscalité.
Le piège du véhicule surpuissant
Beaucoup de contribuables pensent, à tort, qu'un véhicule de forte puissance fiscale génère mécaniquement plus de frais déductibles. Au-delà de 7 CV, ce n'est plus vrai : le barème plafonne la puissance retenue à 7 CV. Un véhicule de 5 ou 6 CV suffisamment adapté au trajet professionnel reste souvent le choix le plus rationnel, sans perte de déduction.
Les indemnités kilométriques versées par l'employeur
Une entreprise peut rembourser à un salarié les frais qu'il engage avec son véhicule personnel pour des déplacements professionnels, sous forme d'indemnités kilométriques. Ces indemnités sont exonérées de cotisations sociales tant qu'elles respectent les montants du barème fiscal, qui sert de plafond d'exonération URSSAF. Au-delà, la part excédentaire est réintégrée dans l'assiette des cotisations et traitée comme un complément de rémunération. L'exonération suppose de pouvoir justifier la réalité du déplacement professionnel, le nombre de kilomètres parcourus et la puissance fiscale du véhicule, ce qui passe généralement par une note de frais détaillée. Sans justificatif, l'administration peut requalifier l'indemnité en avantage en nature ou en complément de salaire imposable et soumis à cotisations.
Frais réels ou déduction forfaitaire de 10 %
Tout salarié bénéficie automatiquement, sur ses charges déductibles au titre de l'impôt sur le revenu, d'un abattement forfaitaire de 10 % appliqué sur ses salaires imposables. Cet abattement est censé couvrir l'ensemble des frais professionnels courants, y compris les trajets domicile-travail, sans qu'il soit nécessaire de fournir le moindre justificatif. L'option pour les frais réels, qui implique de renoncer à cet abattement pour l'année entière, n'est intéressante que si le total des frais professionnels réels, calculés notamment via le barème kilométrique, dépasse le montant de l'abattement de 10 %. C'est souvent le cas des salariés qui parcourent un trajet domicile-travail long ou qui utilisent fréquemment leur véhicule pour des missions professionnelles.
Le choix n'est pas partiel : un salarié qui opte pour les frais réels doit y renoncer à l'abattement de 10 % pour la totalité de ses frais professionnels, pas seulement pour ses frais kilométriques. Il faut donc comparer le total des frais réels justifiables (kilométrage, mais aussi repas, double résidence, formation) au montant que l'abattement de 10 % aurait représenté.
Le cas des indépendants en BIC ou BNC
Un entrepreneur individuel ou un professionnel libéral relevant du régime réel des BIC ou des BNC peut, s'il le souhaite, évaluer ses frais de déplacement professionnel à partir du même barème que les salariés, plutôt que de comptabiliser des frais généraux réels et justifiés poste par poste. Cette faculté est réservée aux véhicules dont la puissance fiscale ne dépasse pas 7 CV, en cohérence avec le plafonnement décrit plus haut. Le choix engage pour l'année entière et pour l'ensemble des véhicules concernés : il n'est pas possible de mélanger barème et frais réels justifiés sur un même exercice pour un même véhicule. Les micro-entrepreneurs, eux, ne sont pas concernés par ce barème puisqu'ils appliquent un abattement forfaitaire global sur leur chiffre d'affaires, propre au régime micro-BIC ou micro-BNC.
Le cas particulier des véhicules électriques
Les frais calculés à partir du barème kilométrique sont majorés de 20 % lorsque le déplacement est effectué avec un véhicule 100 % électrique. Cette majoration s'applique aussi bien au calcul des frais réels d'un salarié qu'aux indemnités versées par un employeur ou au calcul effectué par un indépendant en BIC ou en BNC. Elle vise à compenser en partie le coût de la recharge et l'absence de dispositif d'aide spécifique pour ce type de déplacement dans le barème lui-même.